3ème Jour 
Le 3ème jour

Quand Luis rêve…
Quand Luis rêve, il rêve travail : « Hey Bouba, c’est normal qu’ils fassent ce truc ? »…on est 2h du mat’, c’est bien… « Moi je trouve que c’est assez marrant » dit Thomas P…
Ou alors Luis chante, et il chante devinez quoi ? « Visez la lune ». Là il est dans le ton de la journée et dans le sillage des patrons. Parce que sur le chantier, les chefs chantent. « On bosse bien et en plus les chefs mettent le feu, ils n’arrêtent pas de chanter, en solo, en duo ou en trio. Le meneur c’est M.Mekki,. Lui quand il chante, il chante du Sardou, du Démis Roussos… et oui…ou du Tino Rossi, mais il fait aussi dans le Maitre Gimms ». Ca dépend aussi de ce que notre pro de la Play List, Hugues, met en fond sonore, ou si notre ténor, Yoann, se lance dans un Barry White ou du Aznavour, la Bohême, pour tout dire, avec des modulations très spéciales, bien à lui. « Un petit Eddy Mitchell Yoann ? »Propose M.Mekki…Et voilà c’est reparti pour un duo délirant! « Hey madame, ne dites pas que nous on chante des chansons paillardes, sinon on va se faire fâcher » Benoit.
Et là, soudain un « Moi j’voudrais bien que quelqu’un monte sur mon échelle » traverse l’air. C’est Hugues.
N’empêche qu’ils avancent vite. « On va même super vite et avec de l’ambiance. Même si on préfère nos musiques » veut préciser Alexandre. « Non, la musique des vieux ( merci pour les vieux !) c’est plutôt pas mal. Là c’est du ACDC qu’il nous met Hugues, c’est sympa ça non ? » Reprend Lucas…
« C’est Ok, c’est Max » Chantonne Alexandre en s’éloignant.

Le chantier d’en bas

C’est celui de l’école. Il a été confié à Luis et Thomas P, sous la tutelle de Gérard. « On a installé les prises de courant, les boites de dérivation, les interrupteurs, les luminaires, on a tiré tous les câbles d’alimentation et raccordé tous les éléments » énumère Thomas et « c’est bientôt fini » Ajoute-t-il. « C’était plus dur sur la fin, avec la température. Et puis hier j’étais perdu avec les câbles, je ne savais pas quoi faire. Mais Gérard m’a montré. En fait les ¾ des câblages ça reste Luis et Gérard qui les ont fait. Moi je me suis juste chargé de poser les éléments pour le câblage »veut rectifier Thomas P. « Le plus compliqué c’est de savoir où sont les longueurs, placer les croix, percer, percer surtout car il faut faire attention aux trous. Il faut éviter de trop forcer en perçant parce que le mur s’effrite comme un rien. Il ne tient pas » continue Thomas. « Il y a aussi cette échelle en bois, boitillante, je ne lui fais pas vraiment confiance avec ses ficelles qui tiennent les barreaux, et en plus elle me bousille le tibia à chaque fois que je monte dessus. Regardez madame, j’ai des marques là et ici. Mais à part ça je suis satisfait de ce que je fais » termine Thomas P.


Le chantier d’en haut

C’est celui de l’internat et du logement des enseignants. Là il y a le gros de l’équipe….Ce soir normalement on a de la lumière dans tout l’internat, vu le boulot abattu hier. « On avance vite aime à me rappeler Alexandre, on va même super vite, et toujours dans une bonne ambiance ». Il continue : « Le plus dur ici, ce sont les trous car les murs lâchent, ils s’effritent très facilement. Il faut faire très attention et ne pas se tromper sur l’endroit où l’on doit percer, à un mn près on est à coté, on n’a plus qu’à recommencer, chercher un bout de mur moins friable ». « Avec du courage, du temps, de la patience, de la détermination et de la motivation on s’en tire » dit Pierre convaincu. Il ajoute : « Aujourd’hui en tous les cas, c’est plus rapide qu’hier quand on était à l’école, on est plus rodé et aussi parce qu’à l’école, il fallait aller chercher les outils à l’autre bout, la galère ! Les outils maintenant, on les range dans nos sacs pour éviter de se les mélanger et comme ça les chefs ils râlent moins ». Celui qui râle le plus c’est quand même Bouba, mais en même temps il est chef de chantier, alors il ne rigole pas » dit Thomas B. « Il donne pas mal de conseils mais comme je connais aussi un peu ça va. Il a sa façon de faire à lui, moi j’ai la mienne mais je fais comme il dit » précise Pierre
« Vous n’avez pas une pince coupante ? » coupe alors Nicolas, tout à son travail.

Le logement au bout de l’internat.

« N’entrez pas madame » me lance Lucas avec une grimace. « ça ne sent pas très très bon ici. Vous voyez, la maison est très vide et la cuisine est entre les deux lits, tous les murs sont noirs de fumée parce qu’elle fait du feu dans la maison. Pour percer dans ces murs là, ce n’est pas facile. Ils sont pourris, ils ne tiennent pas. C’est un endroit lourd de pauvreté. Ca fait mal à voir. Comment fait-elle pour vivre dans cette odeur ? C’est propre mais tout est vieux, en piteux état, les rideaux sont tout troués. C’est délabré. J’ai de la peine et la dame fait pitié avec cette toute petite fille.
Pour le boulot, ici madame ce sont les trous le plus compliqué. Si on fait des trous et que les chevilles rentrent facilement, ça ne va pas tenir. Il faut refaire un trou jusqu’à ce que ça marche pour pouvoir mettre une boite de dérivation, une prise de courant et un interrupteur. Et en plus il faut bien les faire parce qu’après, sûr qu’elle va s’en servir pour suspendre des tas de trucs comme ce sac en plastique, vous voyez là madame ! ».
Bouba s’adressant à Lucas : « ça va ? C’est sûr ? ». « On lui a réparé sa porte, elle est super contente. Elle ne le montre pas, mais je le sais » ajoute Bouba avant de rejoindre un autre garçon à l’autre bout du bâtiment.
Et tandis qu’il s’éloigne on entend M.Mekki tonner « Laisse le mou derrière, laisse le mou ».

Content d’être là …même si on se fait houspiller

« Je suis très content d’être là, on travaille vite, on rigole, on est ensemble. Ca donne encore plus envie de travailler et de bien faire. On aide et on est ensemble pour le faire, ça, ça me plait » confie Alexandre. « C’est sûr qu’on va aider les gens avec ce qu’on fait ici, ça va leur rendre service. A l’atelier, on fait quelque chose et ensuite on le démonte. Ici on fait et ça reste », dit Nicolas.
« Je suis content d’être là, intervient à son tour Thomas B, mais le plus dur ce sont les toilettes, faut avoir de la volonté pour y aller. Moi, je n’y suis allé qu’hier soir mais je ne sais pas si c’est parce que je ne voulais pas y aller, parce que c’est très spécial, ou si c’est à cause du riz. En tous les cas, cette cabane à toilette avec son trou et ses odeurs, j’vous dis pas comme c’est !!! ».
Toujours Alexandre, mais là avec sa casquette de « préposé au drône » : « Vous ne sentez pas là le vent madame ? Pas moyen de bien le contrôler, il vire. Problème de batterie ! Regardez le prof, il abandonne. Le pire c’est qu’il prend vraiment un air sérieux quand il fait ça ! » Dis aussi Alexandre que je fais mon Kaliméro » rétorque le dit prof.
Et Bouba qui enchaine « Faites gaffe les gars, elle note tout Anne Marie ! » Et il repart avec un « Attention là Alexandre, tu es sur une demi table ».
Re Bouba, vigilent à tout, l’œil partout : « Là, je ne comprends pas quelque chose les gars ! Ca disparait à vue d’œil. Franchement c’est pénible ça, deux interrupteurs où le mécanisme manque. Voilà, ça fait deux interrupteurs qui sont vides ! Tiens voilà prends celui-là, et toi ranges tes affaires. Pourtant ce n’est pas compliqué de ranger, non ? Tiens ranges moi cette scie que je ne saurais voir ! » (Non mais, on connait ses classiques !!) Une minute plus tard : « Hey les p’tits loups qui va la faire cette boite ? Franchement les gars, là, vous n’assurez pas une cacahouète ! Rangez moi ces lunettes, et la boite quand est-ce que vous allez la faire ? Tu veux t’occuper de ça Benoit ? C’est parti pour Benoit qui avant me dit « Suis content d’être là, de ce que je fais parce que c’est une bonne action. Mais maintenant il ne faudrait pas qu’ils se fassent voler les panneaux solaires. Yoann et Hugues ont dit qu’on allait faire en sorte que ça n’arrive pas, techniquement je ne sais pas à quoi ils ont pensé ? »
« Fini les gars, aujourd’hui on ne rigole pas, on ne chante pas ! C’est bon ? J’étais crédible sur ce coup là, ? », balance M.Mekki, histoire de ne pas se louper sur l’ambiance générale.

Il se met à pleuvoir. « Ca fait du bien cette pluie » dit Thomas P, « ouais, mais ce sont de trop grosses gouttes d’eau » ne peut s’empêcher de reprendre Lucas.

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